Si Etienne Decroux est aujourd’hui considéré par les historiens de l'Art comme un des plus grands réformateurs du Théâtre du vingtième siècle, il est cependant bien méconnu pour la nature exacte de son travail technique et pédagogique. Une réforme passe par un consensus officiel, pourtant l’œuvre d’Etienne Decroux et de ses successeurs, n’est officiellement toujours pas reconnue. Preuve en est que les écoles et conservatoires d‘état, ne dispensent pas à ce jour de Mime Corporel dans le cadre de leur apprentissage. Du moins en France, berceau de cet Art.

Qu’en serait-il aujourd’hui de tout ce savoir, si ceux qui ont eu la chance de travailler et d’apprendre avec lui n’avaient pas poursuivis son œuvre, en marge de la dite tradition…?Sûrement qu’une théorie, encore une théorie…la carte aux trésors d’une méthode obscure.

Sa grande œuvre, fort heureusement, demeure bien vivante et au travers d’une poignée de pédagogues se perpétue et évolue, par un enseignement théorique et pratique. Voyant dans l’acteur, un artiste autonome, libéré du joug de l’auteur et de la machinerie théâtrale, sans pour autant la nier. Un créateur plutôt qu’un passeur, tout en conservant l’humilité et le besoin de transmettre une mémoire et une vision collective, par l’Art du Mime Corporel.

Etienne Decroux nous a légué non seulement une technique extrêmement riche de possibles, « la plus orientale des techniques occidentales », mais aussi un répertoire varié grâce à la mémoire corporelle de quelques assistants, et plus particulièrement au travail de reconstruction des œuvres originales du Maître, engendré par le Théâtre de l’Ange Fou, dans le but de préserver ce patrimoine et d'en assurer la transmission.

Je fus l’un de leurs élèves, et je me passionne pour la même entreprise poétique.

Lionel Comellas.